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Une analyse critique de films, livres, opéras et expositions de peinture

Fernand Khnopff (1858-1921) Le maître de l'énigme, au Petit Palais I FEMMES

              Amateurs d'agités du bocal, le Petit Palais n'attend que vous! Avec Fernand Khnopff et Lequeu, vous allez être gâtés.  
               Le "symbolisme belge", cela a un petit côté d'oxymore, comme s'il était étrange qu'un mouvement mystique et ésotérique ait pu s'enraciner chez nos amis et voisins, grands consommateurs de moules /frites.... Ou bien au contraire, est ce à cause de l'apparence terre à terre du plat pays que les jeunes artistes ont dérivé vers le rêve, femmes idéalisées, obsessions mortifères? Et comme ça, on en arrive à Magritte...


              Stéphane Mallarmé, qui n'était pas belge, un peu plus âgé que ceux que l'on va présenter maintenant, passe pour avoir été un des inspirateurs du mouvement, avec sa poésie hermétique mais inoubliable (qui peut oublier l'image du cygne pris dans la glace, un cygne d'autrefois se souvient que c'est lui....)
               Emile Verhaeren, ami des symbolistes, est aussi, pourtant, très enraciné dans le réalisme social  et le combat politique; pas du tout un rêveur.... il a décrit les campagnes hallucinées, les villes tentaculaires..... mais il a été le premier a écrire un article sur le travail de Khnopff.
               Il y a, bien sur, Maurice Maeterlinck; c'est Khnopff qui réalisa les costumes et les décors de Pelléas et Mélisande.
               Il y a Georges Rodenbach , romancier  de Bruges-la-Morte
 

             Enfin le frère cadet, Georges Khnopff, romancier et musicien (grand admirateur de Wagner) fit connaître à Fernand Verhaeren et Rodenbach.
               N'oublions pas le plus folklorique de la bande, Joséphin Péladan, autoproclamé Sar Péladan (encore un fanatique de Wagner!), qui fit bien rigoler ses contemporains avec ses accoutrements, et qui fonda une branche autonome des Rose-Croix.
               L'expo ne mentionne pas, malheureusement (mais en fait n'était il pas inclassable?) l'apôtre du bizarre, James Ensor

               Pour en venir enfin à Fernand Khnopff, il grandit à Bruges, dans une famille bourgeoise.  Cette enfance brugeoise imprégnera toute son oeuvre.
               Le jeune homme est influencé par les préraphaélites, en particulier  par Burne-Jones. Il participe aux Salons Rose-Croix, puis en 1898 à la Sécession viennoise.
               Sa soeur Marguerite lui sert de modèle; il utilise beaucoup la photographie, immortalisant ses modèles sur la pellicule avant de les peindre. Ainsi, pour le tableau représentant un petit groupe de sept joueuses de tennis, il photographiera Marguerite dans sept poses différentes...  

               La voilà, Marguerite en haut et à gauche, sur un pastel de 1890. Vêtue d'une robe à l'antique, pâle et mystérieuse, elle garde quelque secret....
               La voilà encore à droite, dans une huile de 1887. Le regard lointain, le visage songeur, où est elle?

               A gauche, en dessous.... non! ce n'est pas Marguerite! C'est Madeleine Mabille, également toute de blanc vêtu, même visage de trois quart, même regard tourné vers l'ailleurs.... Et dans l'expo vous verrez une troisième dame blanche, lointaine.... très lointaine: elle est morte! le tableau posthume a été réalisé d'après une photo.


               Vous pouvez retrouver la même lumineuse silhouette chez Whistler, qui exposait en même temps que Khnopff, et vous comprenez bien qu'il ne s'agit ni de Marguerite ni de Madeleine, mais bien de LA femme idéale, intouchable, chaste, idéal du temps. D'ailleurs les photos montrent bien que Marguerite, même si elle était charmante, était un peu moins svelte, un peu plus charpentée, un peu moins gracieuse de visage que ses alias fantasmés
 

             Et chez Khnopff, cette obsession de l'inexpressivité va très loin. Voyez, à droite, Les enfants de Monsieur Nève (1893) -un ami de la famille. Trois garçons, une fille. Ne vous font ils pas peur? Avec ces mêmes yeux vides, on croirait qu'ils sortent de l'exorciste...

            La petite image à gauche, Des yeux bruns et une fleur bleue, (1905) enferme le visage de la femme idéale dans un cercle. Le peintre voyait dans le cercle l'image même de la perfection.
               En dessous des enfants trop sages, l'image que vous attendez tous, car c'est celle que l'on retient parmi l'oeuvre du peintre: L'art ou Les caresses (1896), ce tableau qui fit un tabac à la Sécession viennoise de 1896. Oedipe et le Sphinx, vraiment? Etrange Oedipe, si peu viril. Etrange sphinx femelle (toujours Marguerite) au doux pelage de guépard, dominant tendrement son adversaire. Pour une fois, ce visage exprime quelque chose: accomplissement, satisfaction, bien être....
               On ne saurait en dire autant de l'effrayante rousse (c'est Elsie, cette fois ci, fille de l'architecte Henri Maquet), dans I Lock my door upon Myself (1891) -le titre vient d'un poème de Christina Rossetti, [ma photo est malheureusement entachée par le reflet de deux vilaines fenêtre vertes] Enfermée en elle même, sans doute enfermée tout court dans ces  boiseries hétéroclites. A remarquer, au dessus de sa tête, la tête d'Hypnos, avec son aile unique peinte en bleu, production d'un bronze qui revient obsessionnellement chez Khnopff au cours de cette période.

             On le retrouve dans Une aile bleue (1894), où la toujours mystérieuse et jolie rousse sert surtout de toile de fond à Hypnos. Mais tout change! dans des versions suivantes, la tête d'Hypnos est remplacée par celle d'Antinoüs, le favori de l'empereur Hadrien. C'est que le peintre a découvert Jean Lorrain (et son roman Monsieur de Phocas), dandy scandaleux, travesti tapageur, apôtre de la fange et du mauvais goût....
               On abandonnera ces personnages énigmatiques et hors de notre monde pour terminer avec ce très japoniste Roses et éventail japonais (1888), juste parce que cette composition est vraiment superbe....
               Jusqu'au 17 mars. 

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