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Une analyse critique de films, livres, opéras et expositions de peinture

LE DIABLE N'EXISTE PAS, réalisé par MOHAMMAD RASOULOV

       Chef d'oeuvre absolu. Quatre chapitres, comme quatre nouvelles réunies dans un livre qui, à la fin, vont former une boucle. Autour d'un thème: la peine de mort par pendaison, dont l'Iran use et abuse. Et le fait que c'est un département de l'armée qui est en charge des exécutions capitales. Ce sont donc des appelés qui sont amenés à retirer le tabouret sous les pieds du pendu.... Certains le font sans état d'âme. On leur a dit que, de toutes façons, ce condamné était un sale type qui ne méritait pas de vivre. Exécutions politiques? Ils n'y pensent pas, ou ne veulent pas y penser. Sauf quand ils se retrouvent avec le nez dedans. Il y en a qui se refusent à tuer, mais cela veut dire un avenir de brimade et des mois de service en plus; ils pourraient échanger leur place avec un copain contre de l'argent, si seulement ils en avaient (ce qui, entre autres, serait sacrément hypocrite). On est placés devant cette question: jusqu'à quel point sommes nous prêts à fermer les yeux pour préserver notre petite vie paisible?

 
Le Diable n'existe pas

         La fin de la première séquence, la plus courte je pense, un peu ennuyeuse -on se demande où il veut en venir, le réalisateur, avec cette petite vie quotidienne, nous arrive comme un pain dans la gueule. A partir de là, on est mal, on est mal, on  attend la suite avec angoisse, on s'imagine vivre dans ce pays, vivre ces situations....
         Et si les deux derniers chapitres se passent dans une nature sublime, paysages secs et dorés où des forêts au feuillage léger se cachent le long des petits torrents, l'angoisse est là, toujours. D'autant plus prégnante que la nature est paix... avec son petit renard roux, symbole de liberté absolue.
         Mohammad Rasoulof est un maître du temps. Et son directeur de la photographie, un maitre de l'image! Que dire des monteurs, qui ont réalisé de très poétiques, très fluides passages d'un épisode à l'autre. Et même si Rasoulof respecte les codes -les femmes portent un foulard y compris seules avec leur mari! la vertu est sauve! on imagine dans quelles conditions apocalyptiques le tournage a du se dérouler... Le découpage enquatre sessions, qui par ailleurs est une réussite, est lié en partie à l'alibi  d'un tournage de courts métrages, moins contrôlé.. mais que de précautions ont dues être prises pour échapper aux censeurs... car le film reste un brûlot politique.
         Finalement, la contrainte ne nuit pas au génie. Elle le booste. Si vous ne devez voir qu'un seul film ce mois ci.... choisissez celui là! 

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S
Lorsque nous serons devant l'éternité, nous devrons rendre compte de notre vie.
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