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Une analyse critique de films, livres, opéras et expositions de peinture

LUCIA DI LAMMERMOOR filmé au MET pour les salles GAUMONT PATHE

          Lucia di Lammermoor, bien sûr, j'en connais tous les airs, bien sûr, je l'ai vu plusieurs fois, mais toujours sans passion. Et là: un énorme coup de coeur pour cette mise en scène décapée et décapante de Simon Stone.  Il a carrément transposé l'intrigue dans une ville pourrie de la Rust Bell, dans les années 50: snack sordide, drive-in, épaves d'automobiles bonnes pour la casse.... Enrico est un petit chef mafieux miteux, couvert de tatouages et une bague à chaque doigt; on le voit se mettre le nez dans la poudre et boire le whisky au goulot (Artur Rucinski, épatant à tous points de vue, vocalement et scéniquement). On est chez Coppola!! Et ça fonctionne! Et pourquoi ça fonctionne? Parce que Gaetano Donizetti est bien plus à sa place chez lui, avec sa musique brillante et tellement italienne, qui flirte parfois avec la facilité, que dans l'univers glacé des Lairds écossais. Vous me direz: Donizetti a pourtant bien traité les reines anglaises? Oui mais, les reines, et les petites trahisons qui les entourent, c'est international.... Marie de Medicis ou Maris Stuart, même combat (enfin, presque...)

         Les choeurs joviaux s'accommodent très bien avec cette noce de prolos accompagnés de leurs femmes obèses, endimanchées avec le mauvais goût le plus sûr, que nous propose Stone. Cette haine entre Enrico, entouré de son clan et Edgardo, c'est bien celle des familles maffieuses de ritals.... que les Scorcese et autres  Coppola nous racontent à longueur de film. et Donizetti est un rital, pas l'homme des brumes du nord. Bref, si les transpositions des opéras dans le monde moderne ne sont pas toujours des réussites, là, Stone est tombé pile....

         Nadine Sierra est magnifique, elle a presque l'âge du rôle -complètement crédible en ado un peu fofolle-, elle est vive, expressive, intensément actrice. Et elle chante à la perfection, arrivant sans trembler au bout de cette terrible scène de la folie (qu'on peut d'ailleurs n'apprécier que modérément, comme un énorme gâteau à la crème, même si la crème est faite avec des ingrédients de qualité, on s'en dégoûte vite...), voix homogène et belle partout, du medium au suraigu, triomphant de cette surabondance d'ornements.... Avec Rucinski, ils forment un vrai duo de théâtre -on oublie que l'on est sur une scène d'opéra. Haut niveau de chant aussi avec Javier Camarena, évidemment -le problème c'est qu'il est aussi sexy qu'une otarie échouée sur une banquise un jour de canicule.... il fait ce qu'il peut... mais ce n'est pas très convaincant, surtout face à ses deux protagonistes. Soyons indulgents et retenons simplement qu'il chante très bien son grand air du dernier acte.

         Pour terminer, très bon Raimondo de Christian Van Horn, bien plus prêtre catholique  que pasteur, belle prestance, même s'il lui manque les quelques graves de la partition.

         Des vidéos discrètes, projetées en général au dessus de la scène, nous ouvrent le cerveau de la pauvre Lucia, perdue dans son rêve amoureux.

         Je ferais juste un petit reproche à Stone: était ce nécessaire de forcer sur le gore? Il eut fallu que l'héroïne égorge deux éléphant et un buffle pour arriver à avoir autant de sang sur sa robe.

         A part cela.... c'est un spectacle qui devrait faire date et mériterait un dvd.

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