Une analyse critique de films, livres, opéras et expositions de peinture
24 Janvier 2018
En même temps que ses couleurs se font moins stridentes, les peintures de Paul Gauguin se font plus mystiques, et mythiques.
Les Tahitiens pensent que les Esprits des morts reviennent errer parmi les vivants. Dans Manaò Tupapaú, L'esprit des morts veille, (1892), en haut à gauche, c'est une vieille femme, toute empaquetée de noir, à l'oeil blanc, terrible, qui veille sur le sommeil d'une très jeune fille. Regardez comme elle est jolie, dans sa nudité innocente...
Faute d'avoir un véritable contact avec les anciens rites, Gauguin les réinvente à partir de lectures. Il représente tout particulièrement la déesse Hina, présente dans tous les mythes du Pacifique, et qui serait la mère de tous les Tahitiens.
A droite, une gravure sur bois de 1894: La Déesse Hina
Hina, la première mère, est donc présente à l'arrière plan de ce portrait de la ravissante Teha'amana (1893), à gauche, Merahi Metua Nô Tehamana, Les Aïeux de Tehamana. Toujours la dualité: Hina la sauvage (elle a vraiment une sale tête) à côté de cette très jeune fille, si sage dans sa belle robe-mission à col de dentelle, mais qui tient dans sa main un éventail traditionnel.
Hina encore sur le mur de cette très mystérieuse scène, à droite: Te Rerioa, Le Rêve (1897). Pourquoi le rêve? L'enfant, celui qui dort au premier blanc, tout en bas et au milieu du tableau, traité en grisaille, à un petit côté plus monstrueux qu'angélique.
A gauche, en petite image, Parano Te Marae, là réside le Temple (1892) Une des rares toiles ou l'on retrouve le goût de la couleur vive, associé à une représentation très japonisante des clôtures er des fleurs de l'arrière plan. (32)
A gauche: Rupe Rupe La cueillette des fruits (1899)
A droite: Nave Nave Mahana Jours Délicieux (1896)
Dans ces deux toiles, ainsi que dans Faa Iheibe Pastorale tahitienne (1894), grand panneau en longueur, tout en bas, il y a un côté hiératique, presque religieux, qui évoque irrésistiblement les fresques de Puvis de Chavannes. C'est un paradis terrestre, où règnent la plénitude, la sagesse, l'harmonie..
Pour terminer cet avant dernier chapitre, les deux petites images à gauche sont extraites d'un long panneau sculpte Te Fare Amu (1895) qui présente des femmes au visage animal, dans des poses suggestives et humiliantes.
Une fois de plus, je suis frappée par le divorce entre les représentations peintes et sculptées, les unes figeant ces jeunes femmes dans une sorte de sagesse immémoriale, les autres en leur donnant une animalité grotesque.... Sans doute est ce là tout Gauguin -le drame de Gauguin, coincé entre ses inspirations à la beauté native, pure, et sa nature violente et sensuelle.