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Une analyse critique de films, livres, opéras et expositions de peinture

UN BAL MASQUE filmé à l'OPERA DE PARIS

        Quel bonheur de retrouver sur l'écran de mon cinéma de quartier ce Bal Masqué raté au moment de son passage sur scène.... pour cause de montagne.

         Disons le d'emblée: ces représentations de spectacles de l'Opéra de Paris, montées sans temps morts comme un film, sont infiniment plus plaisantes que les retransmissions du MET où, même quand on n'est pas en live, on doit se taper les interminables entractes, le personnel transbahutant les décors, les innombrables interviews de connivence avec larges sourires et gloussements entendus, et surtout  les incessantes flagorneries pour le bienfaiteur milliardaire Bloomberg.

        On a ici la mise en scène déjà ancienne (2007) de Gilbert Deflo, sans aucun clin d'oeil à la modernité, fidèle tant au livret qu'à l'époque, et noire! tout est noir! Les décors sont donc réduits au minimum; des pilastres surmontés d'aigles géants. Il est vrai que c'est sans aucun doute l'oeuvre la plus lugubre de Verdi; comme si vous imaginiez qu'à la fin, Posa poignarde Don,Carlos... le premier acte se passe de nuit chez une sorcière, le deuxième acte de nuit dans un lieu désert et sinistre; et finalement le troisième acte, celui du bal, avec son inévitable ballet est sans doute le moins réussi

         La direction d'orchestre est confiée à la pétulante Speranza Scapucci, experte en Verdi, qui en donne une version brillante et vitaminée;

        Que d'airs connus et au répertoire des récitals des ténors, barytons et sopranos...          

        Il faut en fait, cinq solides voix; et les deux rôles subalternes sont ici, fort bien servis.

           Elizabeth DeShong avec sa voix puissante de contralto est une Ulrica effrayante à souhait.

         Et la très très bonne surprise c'est l'Oscar de Sarah Blanch, surdimensionnée pour un rôle où l'on a trop souvent l'habitude d'entendre des voix acides et peu flatteuses. Ici, non seulement elle a de magnifiques aigus, Sarah, mais elle court, saute et virevolte sur scène comme un ludion dans sa bouteille; si on lui demandait de faire les pieds au mur elle le ferait...

          Ludovic Tézier est un superbe Renato. Sa voix a la beauté et la puissance des grands barytons basses italiens (ou américains...) d'il y a quelques décennies, qui nous ont tant enchantés.... On aimerait juste lui suggérer de cesser de faire des concours de cuisine avec Jonas Kaufmann, car cela ne lui réussit pas très bien. Ou trop bien, au contraire...        

          Matthew Polenzani est, je dois dire, celui qui m'a le moins enchantée. Lui aussi a du métier, mais sa voix n'est pas très fixe, et son timbre pas très agréable... alors qu'il a de si beaux airs à chanter... Pour moi, ce n'est pas un ténor verdien. Mozart, Rossini, oui; mais Verdi: non

          Enfin, il y a celle pour laquelle tout le mode s'est battu pour avoir de la place, la sublime Anna Netrebko. En robe noire (évidemment), sans bijoux, sans maquillage excessif, elle montre qu'elle est toujours belle... et charismatique. La voix est toujours aussi belle, les pianissimi impalpables... et le jeux de scène un peu trop maniéré et chichiteux. Elle droit à des tonnerres d'applaudissements ... mérités!

 

 

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