Une analyse critique de films, livres, opéras et expositions de peinture
2 Septembre 2026
Il y a longtemps que je n'ai été aussi passionnée par un film. Quelle intelligence dans le regard de Christian Mungiu! Il pose beaucoup de questions, mais ne propose pas sa réponse; en fait, il montre la bêtise et l'inefficacité du sectarisme.
Petite parenthèse hors sujet: le film n'est pas une pub touristique pour la Norvège; si vous aviez réservé une croisière avec l'Hurtigruten, vous allez l'annuler illico: ces hautes montagnes, que l'on voir toujours en noir et blanc, neige et rochers (il est ou le soleil?) sont assez terrifiantes; de temps en temps une avalanche descend jusqu'aux murs de l'école. Pas de panique, les enfants rentrent calmement dans le bâtiment. Ils sont quand même super, ces Norvégiens.
Super mais.... sectaires. Le couple Gheorghiu vient, avec sa progéniture (deux ados, deux enfants et un bébé encore au sein), s'installer au pays de Lisbet (Renate Reinsve); le père, Mihai (Sebastian Stan) est, lui roumain et la petite famille a grandi en Roumanie.
Ils sont très chaleureusement accueillis; par leurs voisins en particulier, Mats qui est professeur et Mia (Lisa Carlehed), ancienne avocate; ils ont justement une fille de l'âge des ados, Noora (Henrikke Lund-Olsen), une petite rebelle qui n'en fait qu'à sa tête, sort la nuit.... et veut toujours avoir raison. Juste le contraire des enfants Gheorghiu.
Les enfants Gheorghiu... ils obéissent, eux! ils prient, ils prient, ils étudient la Bible, ils sont punis dès qu'ils font une bêtise (privés de retrouver leurs amis par exemple), ils n'ont pas de portable et ignorent ce qu'est Youtube. Et comme cela leur parait très naturel, ils n'hésitent pas a dire en classe que l'homosexualité est punie par Dieu... La famille appartient en effet à une communauté (évangélistes, peut être?) soudée, et qui va la soutenir, comme on va le voir, même si c'est plus nuisible qu'autre chose.
Alors, dès qu'une prof voir un bleu dans le dos de la petite Elia, elle s'empresse de prévenir la toute puissance Aide à l'Enfance et sa représentante Gunda (Ellen Dorrit Petersen qui vous fout vraiment la trouille!!).... et l'enfer s'ouvre sous les pieds des malheureux Gheorghiu qui perdent la garde de leurs enfants.
Ce qui est formidable donc dans le film de Mungiu, c'est qu'il nous montre l'affrontement entre deux sectarismes aussi bornés l'un que l'autre, et les ravages que cela peut faire. A part les enfants, ballotés contre leur gré dans ces histoires d'adultes, il n'y a pas de victime. Car il n'est pas sympathique, le bigot; on comprends très vite qu'il est incapable d'un retour sur lui même; bien sûr qu'il aime ses enfants et qu'il ne les a jamais brutalisés, à part une claque sur les fesses; mais il est ne se remettra jamais en question. Quant au camp du bien, fort de sa toute puissance, qui manipule les enfants comme des pions -pour leur bien, bien sur! il est tout aussi terrifiant. Au delà donc du scénario, et du cas particulier de la Norvège, je vois une belle métaphore de notre société, où chacun se revendique d'un clan, où chacun campe sur ses certitudes, et où tout dialogue honnête devient impossible...