Une analyse critique de films, livres, opéras et expositions de peinture
10 Septembre 2026
Film passionnant, comme tous ceux qui nous font découvrir des aspects complètement ignorés de l'histoire contemporaine, des "aspects".... mais qui auraient pu changer la face du monde! [Un des côtés fascinants des deux "De Gaulle", c'est d'ailleurs l'impression que nous avions, en en sortant, d'avoir appris plein de choses!]
Et devant Pressure, on se pose la question: et si le débarquement avait tourné au désastre...?
A priori, le scénario n'a rien de très glamour. Un thriller dont le principal suspect serait... une dépression atmosphérique..... n'a rien de sexy. Et pourtant.... vous allez vous retrouver scotchés à votre fauteuil...
Nous voilà trois jours avant le D-day programmé. Churchill tient le chef de son service météo, le colonel Stagg (Andrew Scott, excellent!), un écossais raide comme la justice, pour un génie -et il l'envoie à Eisenhower pour prendre le commandement du service.
Mais Eisenhower (Brendan Fraser qui s'est rasé la tête et mis des bajoues supplémentaires..) a aussi son chouchou, dont il est très satisfait, le colonel Krick (il ne s'est jamais trompé pendant les campagnes africaines ce qui, étant donné qu'il fait toujours beau, n'est pas très étonnant..) Chris Messina est excellent aussi dans ce rôle du jaloux qui ne se satisfait pas du rôle de second.
Stagg abandonne donc sa femme très enceinte sous les bombes et débarque dans le staff, aussi aimable qu'un dogue argentin. Dans ce château où se réunit l'état-major, il y a un piano, les jeunes chantent, dansent... Sous la férule du dogue argentin, tout cela change. Difficile de se faire bien accueillir dans ces conditions.
Mais, au delà de cela, imaginez -le film nous donne bien à imaginer! ce que pouvait être cette cocotte minute de fortes personnalités à la veille de prendre les décisions les plus radicales pour l'avenir du monde libre... Entre Ike et Monty (Damian Lewis), ce n'est pas toujours le beau fixe.. Eisenhower a toujours sur la conscience cette opération Tiger d'avril, qui devait être une petite répétition sans risques du débarquement, et se transforma en boucherie à la suite d'un incroyable nombre d'erreurs et de défaillances. Alors, des erreurs, il ne peut plus se permettre d'en endosser.
Deux nationalités, deux visions. Stagg ne se fie qu'aux données du jour et aux calculs afférents; Krick se fie à la méthode d'analogies: sorties des archives, l'examen de situations climatiques identiques vieilles de 15, 30 ans permettrait de prévoir l'évolution du phénomène actuel, ce qui nous apparait comme totalement dingue! comme si la météo était une science exacte! Alors qu'en météo, on l'a bien vu cet été, deux plus deux peuvent faire cinq.... Krick est formel, sûr à 100%, il fera beau. Alors que Stagg aligne des pourcentages de certitudes: 50% pour la couverture nuageuse, 60% pour la force du vent, etc.. Finalement; Ike fera confiance à celui qui a des doutes raisonnables et chiffrés, plutôt qu'a celui qui est bardé de certitudes.
Le film donne une place importante à Kay Summersby (Kerry Condon), secrétaire particulière d'Ike, et très proche de lui (les mauvaises langues disent, vraiment très proche... mais rien n'est démontré!). De toutes façons, dans un film destiné au grand public, il faut un jupon...
Pour critiquer quand même, un peu, des points de détail qui montrent du laxisme dans la réalisation: comment Stagg que personne ne connait et qui n'a aucun insigne sur sa veste kaki est il immédiatement identifié comme "colonel"? Et surtout, comment peut on accepter qu'un femme l'appelle MON colonel? Il semble que ce serait maintenant toléré de la part d'une militaire... mais en 1944, ça sonne mal...
Voilà, vous saurez pourquoi le D-day, ça a été le 6 juin.... et pas le 5. C'est quand même une sacrée info!!!
Mais, plus que tout, cette impression d'avoir vécu ces heures décisive au milieu du staff mérite qu'on se précipite retenir sa place de cinéma...