Une analyse critique de films, livres, opéras et expositions de peinture
2 Octobre 2026
Quand vous entendez parler d'un thriller tourné au Népal par un réalisateur népalais et se passant dans une communauté de femmes transgenres... Bien sûr vous y courez en pensant "pour du dépaysement, ça va être du dépaysement". Sur ce point, vous ne serez pas déçu, même si le film, souvent assez pataud, a des longueurs.
Ces personnes, appelées kinnars, ou hijras, sont considérées comme des personnes du "troisième genre" au sein de la culture indienne. En Inde et au Bangladesh, ils sont officiellement reconnus de cette façon et bénéficient d'un certain nombre d'avantages! Finalement, il y aurait des régimes plus archaïques qui auraient des leçons de tolérance et de modernité à nous donner...
Ils vivent généralement en communauté. La petite communauté du sud Népal qui nous intéresse est établie à côté d'un village. Et derrière le village, il y a la forêt, la dangereuse forêt où vivent des troupeaux d'éléphants sauvages, pas vraiment du genre sympa... (beaucoup moins que les gorilles que nous avions découvert également dans la brume au cinéma...) Lorsque ceux ci sont signalés par des guetteurs, tout un système se met en place: le village fait bloc avec tambours, trompettes, crécelles et hurlements divers pour fait peur aux animaux, jusqu'au moment où il se cernera d'une clôture électrique (susceptible de faire reculer les géants? Pas évident...). Mais la forêt est aussi le domaine du sacré. N'y rentrent pas qui veut. La religion que les villageois pratiquent nous semble donc plus proche de l'animisme que de l'hindouisme.
Les kunnars vivent en familles qu'on peut dire recomposées... Chaque mère vit avec trois ou quatre "filles" qu'elles guide et protège au moins jusqu'au moment de l'émasculation. Elles vénèrent leur déesse protectrice, Bahuchara; après la castration, elles sont considérées comme ayant des pouvoirs, en particulier de guérisseuses; elles entretiennent donc de bons rapports avec la communauté villageoise. Mais il y a à cela une obligation stricte: n'avoir aucune activité sexuelle. Or Pirati (Pushpa Thing Lama), la plus intelligente et la plus dynamique de la communauté, celle qui devrait remplacer l'actuel gourou après sa retraite.... a un amoureux, bien caché. Et une fille, Apsara (Aliz Ghimire), qui lui donne du fil à retordre, qui a vécu dans un bordel et semble restée dépendante de son mac. Apsara s'enfuit. Et Pirati veut absolument la retrouver. Et pour cela, va remuer ciel et terre, harcelant la police locale et finissant par se mettre la population à dos... Comme les éléphants, les kinnars sont appréciés et respectés... tant qu'ils restent à leut place
Mais bien sûr, ce n'est pas vraiment le thriller qui nous intéresse, mais la plongée dans ce monde tellement éloigné de tout ce que nous connaissons. L'interview du jeune réalisateur, Abinash Bikram Shah pour Télérama est particulièrement éclairante, car tout népalais qu'il fût, c'est pour lui également une découverte, un univers inconnu; il y est très bien reçu, mais avec méfiance en ce qui concerne son métier de réalisateur; il parait qu'elles ont trop l'habitude d'être moquées dans les comédies népalaises..; finalement, non seulement il est accepté, mais elles jouent dans le film et improvisent même les dialogues (bouchez les oreilles prudes, ils ne sont pas très relevés, il y a dans chaque phrase un c....ard ou une c......asse... et j'en passe... Ces dames ont la parole virulente..)
La dernière scène, onirique, magique, est d'une beauté à couper le souffle... et justifie tous les passages un peu longuets que l'on a du endurer. Bien sur c'est à voir pour tous ceux qui sont curieux de ce monde et de ses diverses cultures; c'est nettement plus vivant qu'un cours doctrinal d'ethnologie!!!